Les coûts de production (1)

Publié le par Bat.Assistant

Toutes les entreprises, des plus grandes aux plus petites, supportent des coûts pour fabriquer les biens et services qu'elles vendent. Ces coûts jouent un rôle essentiel dans la fixation des prix et des quantités de production.

Notons que la question des coûts intéresse tout type d’entreprises privées ou publiques.

Déterminer le montant de ces coûts n'est pas aussi simple qu'on pourrait le croire.

1. QU'EST-CE QU'UN COÛT ?

Pour étudier le comportement des entreprises, prenons l'exemple d’une boulangerie. Le  boulanger, achète de la farine, du sel, des arômes et divers ingrédients nécessaires pour fabriquer des pains. Il achète aussi des fours et emploie quelques salariés pour faire tourner ces machines. Finalement, il produit des pains et les vend au public. En étudiant les problèmes que cette entreprise doit résoudre, nous en apprendrons plus long sur ceux qui se présentent à toutes les firmes du pays, sur tous les types de marchés.

Le chiffre d'affaires, les coûts et le profit

Commençons par l'objectif de l'entreprise. On peut imaginer que le propriétaire a monté son entreprise dans un élan altruiste visant à fournir du pain gratuitement, ou bien pour satisfaire sa propre gourmandise. Mais il est plus probable qu'il s'est lancé dans cette aventure industrielle pour gagner de l'argent. Les économistes considèrent que l'objectif d'une entreprise est de réaliser le meilleur bénéfice possible (le maximum de profit), et cette hypothèse semble tenir dans la plupart des cas du secteur privé.

Pour une entreprise publique, l'objectif est d’équilibrer son budget. Elle veille à ce que ces coûts ne dépassent pas ces recettes.

Dans les deux cas, les coûts constituent un élément essentiel pour la prise de décision.

Etudions le cas d’une entreprise privée, qui est le cas le plus général.

Qu'est-ce que le profit d'une entreprise ?
Les sommes que l'entreprise reçoit en contrepartie de ses ventes constituent le chiffre d'affaires. Les sommes consacrées à l'achat des facteurs de production (farine, levure, sel, employés, fours, etc.) constituent les coûts.
L’entreprise conservera la partie du chiffre d'affaires qui n'aura pas été résorbée par des coûts. Le profit est donc défini par la différence entre le chiffre d'affaires et l'ensemble des coûts. Soit :

Profit = Chiffre d'affaires - Coûts.

L'objectif de l’entrepreneur est donc de rendre ce profit aussi important que possible.

Encore faut-il savoir mesurer précisément ce chiffre d'affaires et ces coûts.
Pas de difficultés particulières pour le chiffre d'affaires : c'est le produit de la quantité vendue par le prix de vente. Si l’entreprise fabrique 10 000 pains et les vend à 0,2 € l’unité, elle réalise un chiffre d'affaire de 2 000 €. En revanche, la mesure des coûts est plus subtile.

Les coûts en tant que coûts d'opportunité

Pour mesurer les coûts d'une entreprise, il importe de rappeler l'un des premiers principes de l'économie: le coût d'un bien est ce à quoi l'on est prêt à renoncer pour l'acquérir. Le coût d'opportunité d'un bien fait directement référence à tout ce à quoi il a fallu renoncer pour obtenir le bien en question. Quand nous parlons des coûts de production d'une entreprise, nous incluons tous les coûts d'opportunité impliqués par la fabrication des biens et services.

Certains de ces coûts d'opportunité sont assez évidents, mais d'autres le sont moins. Si l’entreprise consacre 1 000 € à l'achat de levure, ces 1 000 € constituent un coût d'opportunité car ils ne peuvent plus être utilisés à autre chose. Même raisonnement pour les salaires versés par l’entreprise à ses employés. Ces coûts sont dits explicites. Certains coûts d'opportunité sont en revanche implicites. Imaginons que le boulanger soit doué en informatique : il pourrait gagner 100 € de l'heure en tant que programmeur. Chaque heure consacrée à la fabrication de pains «coûte» 100 € au boulanger, et cela fait partie de ses coûts de production.

Cette analyse met clairement en évidence les différentes conceptions de l'entreprise que peuvent avoir les économistes et les comptables. Les économistes s'intéressent aux décisions de tarification et de production des entreprises, et considèrent donc l'ensemble des coûts d'opportunité quand ils mesurent des coûts. Les comptables, pour leur part, mesurent les flux financiers entrant et sortant de l'entreprise. Ils ne considèrent donc que les coûts explicites.

Cette différence de vue est facile à constater dans le cas étudié. Quand le boulanger renonce à gagner sa vie en tant que programmeur, la comptabilité ne retient pas ce coût d'opportunité comme un coût de production du pain. Comme il n'y a aucune sortie de fonds correspondant à ce coût, il n'apparaît pas dans les états financiers de la boulangerie. L'économiste en revanche en tiendra compte, car ce coût d'opportunité joue sur les décisions que l’entrepreneur peut prendre dans sa vie privée. Si par exemple le salaire des programmeurs s’apprécie et atteint 500 € de l'heure (au lieu de 100 € précédemment), notre entrepreneur peut très bien décider que le coût d'opportunité est maintenant trop élevé, et qu'il vaut mieux fermer sa boulangerie pour se consacrer à la programmation.

Le coût du capital est un coût d'opportunité

Le coût du capital investi dans une affaire est un coût implicite important. Imaginons que le boulanger ait consacré 300 000 € de son épargne à l'acquisition de sa boulangerie. Si cet argent était resté sur le compte d'épargne qui sert 5% d'intérêt annuel, l'épargnant aurait touché 15 000 € d'intérêts par an. Pour acquérir sa boulangerie, l’entrepreneur a dû renoncer à toucher 15 000 € annuels, qui constituent donc un coût d'opportunité de la boulangerie.

Ainsi, les économistes et les comptables ne traitent pas les coûts de l'entreprise de la même manière. Ceci est particulièrement vrai du coût du capital. L'économiste considère ces 15.000.€ comme un coût implicite de l'entreprise, tandis que le comptable les ignore totalement puisqu'il n'y a aucune sortie de fonds pour payer ce coût.

Pour clarifier cette différence de traitement, modifions légèrement notre exemple et imaginons que l’entrepreneur n'a pris que 100 000 € dans son compte d'épargne et a emprunté les 200 000 € restants, à 5% d'intérêt annuel.
Le comptable, ne tenant compte que des coûts explicites, fera apparaître ces 10 000 € d'intérêts payés chaque année comme un coût de la boulangerie, puisque cet argent sort de l'entreprise. En revanche, pour l'économiste, le coût d'opportunité de la détention de cette affaire est toujours de 15 000 €. Ce coût d'opportunité est égal à la somme des intérêts payés à la banque (10 000 € de coût explicite) et de l'intérêt auquel il a fallu renoncer (5 000 € de coût implicite).

Profit économique et bénéfice comptable

Le profit de l'entreprise est une notion économique alors que le bénéfice comptable est une grandeur calculée selon des règles prescrites par le législateur. La méthode comptable de calcul des coûts n’est pas identique à celle de l’économiste, c’est pourquoi le bénéfice comptable n’est pas égal au profit. Pour déterminer le profit économique, on doit calculer la différence entre le chiffre d'affaires et l'ensemble des coûts d'opportunité liés à la production de biens et services. Alors que le profit comptable est égal à la différence entre le chiffre d'affaires et les coûts explicites.

La figure 1 résume cette différence de conception. Dans la mesure où la comptabilité ignore les coûts implicites, le profit comptable est toujours supérieur ou égal au profit économique.

Pour qu'une activité soit rentable économiquement, il faut que le chiffre d'affaires dépasse l'ensemble des coûts d'opportunité, explicites et implicites.

 

Les coûts de l'entreprise

d’un point de vue économique

 

Les coûts de l'entreprise

enregistrés dans

la comptabilité

 

Chiffre

d'affaires

 

Profit

économique

 

 

 

Profit

comptable

 

Chiffre

d'affaires

Coûts

implicites

 

Coûts

d’opportunité

 

Coûts

explicites

 

Coûts

explicites

FIG.1 Le point de vue économique et le point de vue comptable. L’optique économique prend en compte l'ensemble des coûts d'opportunité de l'entreprise, tandis que la comptabilité ne retient que les coûts explicites. Ainsi, le profit économique est toujours inférieur ou égal au profit comptable.

Publié dans Economie

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