Politiques économiques et science économique
Mais le contenu de la lettre parle sans discernement de Politiques économiques et de science économique.
Churchill disait bien que " lorsque je demande un avis à 8 économistes j'obtiens dix avis. Mr Keynes m'en donne toujours deux." Et Churchill voulait dire qu’il y a toujours plus d’une politique économique et que c’était à lui, homme politique, d’en choisir la plus appropriée pour la réalisation des objectifs de la nation qu’il dirige. Churchill savait que la politique économique de la Grande-Bretagne n’est nullement prescrite par Mr Keynes ou par n’importe quel autre économiste sujet de sa majesté.
Une politique économique est, comme toute politique, un programme (une feuille de route) qui a des objectifs à atteindre et qui pour cela mobilise certains moyens.
Dès lors toute politique économique quelle qu’en soit l’idéologie qui la soutient peut mener au succès ou à l’échec.
Si les conditions de réussite sont réunies, une politique a toutes les chances de réussir et dans le cas de réussite le succès peut ne pas être total et définitif.
Une politique est toujours un pari, un projet, une certaine vision de l’avenir, et elle traduit toujours une certaine appréciation des moyens, une évaluation plus ou moins subjective des rapports de forces existants et leurs évolutions future.
Une politique est toujours la traduction d’un certain ordre de priorité, un certain arbitrage, un choix (parfois crucial) du meilleur possible, une conduite préventive face au pire.
C’est pour toutes ces raisons qu’il est rare qu’une politique (économique ou autre) soit réellement un succès parfait. Et c’est pour cela que les meilleures des politiques sont souvent les plus coûteuses. Le prix de l’indépendance (politique ou économique) n’est-il pas souvent payé par le sang et les sacrifices de tout ordre ?
Et à ce titre, il est impératif de rappeler que le mur de Berlin ne s’est pas effondré de lui-même la nuit du 9 au 10 novembre 1989. Sa chute fut l’aboutissement d’une longue et périlleuse marche du peuple allemand vers son unité et son affranchissement du joug des impérialismes de l’Est et de l’Ouest qui le tiraillaient et l’exploitaient au nom de la redevance des crimes nazi.
Aucune politique économique ne prescrivait la division du peuple allemand, ni la division du monde en deux bloques. Il s’agissait de la volonté des deux régimes impérialistes dominants, deux puissances militaires soûlées par une victoire à l’issue d’une guerre des plus meurtrières, des plus immondes et des plus traumatisantes.
Et la science économique dans tout cela ?
La confusion de ZAHIR FARES entre science économique et politiques économiques l’a conduit à ne tenir comme arguments que des errements des politiques pour nier à la discipline économique tout caractère scientifique.
L’économie est une science par son objet et par sa méthode.
Les économistes essayent de traiter leurs sujets avec l'objectivité d'un scientifique. Ils approchent l'étude de l'économie comme un physicien approche l'étude de la matière et un biologiste celle de la vie : ils élaborent des théories, collectent des données puis analysent celles-ci afin de valider ou au contraire réfuter les théories.
Certains trouveront bizarre que l'économie puisse être considérée comme une science. Après tout, les économistes n'utilisent pas d'éprouvettes ni de télescopes. Cependant, l'essence de la science, c'est la méthode scientifique, le développement et la vérification incessants des théories sur le fonctionnement du monde. Cette méthode de travail s'applique tout autant à l'étude de l'économie d’un pays qu'à celle de la gravité terrestre ou de l'évolution des espèces. Comme l'a dit un jour Albert Einstein : «La science n’est rien d'autre que le raffinement de notre pensée quotidienne».
Même si cette affirmation vaut autant pour les sciences sociales comme l'économie que pour les sciences naturelles comme la physique. Les gens sont souvent surpris qu'on puisse s'intéresser aux problèmes sociaux avec l'œil du scientifique.
Le rôle politique de l’économiste
On demande souvent aux économistes d'expliquer les causes des événements économiques. Par exemple, pourquoi le chômage des jeunes est-il plus élevé que celui des adultes ? Parfois, on demande aux économistes d'émettre des recommandations afin d'améliorer la situation économique. Par exemple, que devrait faire le gouvernement pour améliorer la situation économique des adolescents ?
Quand les économistes essayent d'expliquer le monde, ils agissent en scientifiques. Quand ils essayent de l'améliorer, ils se posent en hommes politiques.
Analyse normative et analyse positive
Pour clarifier les deux rôles que peut jouer un économiste, commençons par examiner le langage utilisé. Les scientifiques et les hommes politiques ayant des objectifs différents, ils utilisent un langage différent.
Imaginons deux personnes en train de discuter des lois sur le salaire minimum. Voici des bribes de dialogue que nous pourrions entendre :
Paul : L'existence d'un salaire minimum légal est une des causes du chômage.
Jean : Le gouvernement devrait augmenter le salaire minimum légal.
Sans chercher à donner raison à l'un ou l'autre des protagonistes, notons d’abord la différence de nature de ces deux affirmations, Paul parle comme un scientifique : il prétend expliquer comment le monde fonctionne. Jean s'exprime en tant que décideur politique : il veut modifier les choses.
Ainsi, on peut classer les affirmations en deux catégories. La catégorie des affirmations positives, comme celle de Paul. Ces affirmations sont descriptives. Elles expliquent comment fonctionne le monde. L'autre catégorie est celle des affirmations normatives, comme celle de Jean. Elles ont un caractère de prescription. Elles disent comment devrait être le monde.
Ces deux catégories diffèrent par la manière d'apprécier leur validité. En principe, on doit pouvoir confirmer ou réfuter une affirmation positive en analysant des données. Un économiste pourra se faire une idée sur la véracité de l'opinion de Paul en comparant dans le temps divers niveaux de salaire minimum et les niveaux correspondants du taux de chômage. En revanche, l'appréciation des opinions normatives fait autant appel aux jugements de valeur qu'aux faits. Les seuls faits ne permettent pas d'apprécier l'idée émise par Jean. Décider de ce qui est souhaitable, ou ne l'est pas, dépasse le domaine scientifique. Cela relève de l'éthique, de la religion de la philosophie et du politique.
Bien entendu, opinions positives et normatives sont liées. Notre vision positive du fonctionnement du monde influera sur notre opinion normative quant aux moyens d'améliorer la situation. Si Paul a raison de penser que le salaire minimum est l'une des causes du chômage, alors on ne pourra pas accepter la proposition de Jean d'augmenter ce salaire minimal. Cependant, nos conclusions normatives ne peuvent pas être fondées uniquement sur notre analyse positive. Elles nécessitent à la fois une analyse positive et des jugements de valeur.